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Auteurs en résidence

Posture Paris
19 septembre 2018

J’habite le centre-ville de Québec depuis 2001 et quand je marche dans la ville, je sais où je vais. J’ai une démarche naturelle, un bon pas. À Paris, il se passe quelque chose de différent dans ma posture. L’impression que j’ai des lettres de néon autour de moi qui clignotent en disant que je ne suis pas d’ici et paradoxalement, l’impression d’être totalement invisible. Les voitures vont vite. Les piétons arrivent de partout. Par moment, je me demande ce que je fais de pas correct parce que j’ai l’impression que je marche à contre-courant, que tout le monde arrive face à moi et que je suis la seule à aller dans ma direction. Je me sens « dans les pattes » du monde. Je regarde les noms de rue, je me fixe des repères, n’importe quoi, en autant que ça accroche mon regard.

 

Je regarde à gauche et à droite toute les deux secondes, hyper éveillée, pour ne pas me faire rentrer dedans par un vélo ou une mobylette. À Québec, très peu de gens, pour dire pratiquement personne ne respecte les passages piétonniers, alors je suis habituée à ne pas les prendre au sérieux. Ici, ça fonctionne bien et j’ai un bon truc : je me colle aux autres piétons et quand ils avancent, j’avance aussi. La force du nombre. Et si on se fait frapper, on sera en bande.

 

Les gens qui me connaissent savent que je ne possède pas de téléphone intelligent. Come on! Je me suis inscrite sur Facebook il y a six mois, j’ai un vieux kodak qui prend des photos floues et jusqu’à la semaine dernière, j’écoutais encore ma musique sur un discman lors de mes déplacements! Enfin, pour me repérer dans Paris, je vais sur Google Maps, trace l’itinéraire aller-retour (parce que c’est beau d’arriver à destination, mais c’est aussi chouette de ne pas se perdre sur le chemin du retour…) et retranscris le tout dans mon carnet. Avec mon Cartoville Paris et Le Paris de Monique Giroux (merci Dominique!), ça marche plutôt bien.

 

En promenades, mes yeux sont partout, enregistrent tout : un bébé, en poussette, avec les cheveux teints rouge et coupés en mohawk; une fillette qui dit à son amie : « Ça y est, aujourd’hui, je suis un lézard! », et moi qui complète dans ma tête : « amoureux ? », un gars qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Simon Dumas. Je ne peux m’empêcher de remarquer, sur le boulevard Denain, direction Gare du Nord, que je suis la seule personne à la peau blanche, où que je pose les yeux, et que même si je suis à Paris, j’entends des dizaines de langues différentes, en même temps. Tout se bouscule. Je résiste de toutes mes forces à m’acheter un paquet de cigarettes; je ne sais pas pourquoi je résiste ni combien de temps je tiendrai le coup. (Au moment d’envoyer le texte, je confirme que j’ai acheté un paquet de Vogue slim au menthol…)

 

     

 

Texte et photos de Valérie Forgues