Retour sur la page blogues

Isabelle Merlet, la coloriste qui met de la couleur autour des bulles

Dans le cadre du programme de résidence croisée de création en littérature jeunesse entre L’Institut Canadien de Québec et Écla Aquitaine, la Maison de la littérature est heureuse d’accueillir jusqu'au 31 mai 2016 la coloriste Isabelle Merlet, dont le travail consiste à mettre en couleur les dessins des auteurs de bandes-dessinées. Elle est considérée par beaucoup comme l’une des coloristes les plus talentueuses du monde. 

À l’occasion de son séjour à Québec, Isabelle Merlet compte travailler à un projet de livre autour de la couleur. « Lorsque je marche dans la rue, je vois les couleurs avant toute autre chose et j’aimerais partager cette sensation. Proposer aux lecteurs une traversée des couleurs, comme si elles étaient des paysages, et décrire cette traversée avec des impressions poétiques. » Si elle ne sait pas encore comment elle va s'y prendre, elle connaît le point de départ de sa quête : « Une nuit, je me suis réveillée en sursaut. J’ai ouvert les yeux et je n’étais plus là. J’avais disparu. » Elle espère trouver à Québec le recul et l’inspiration nécessaires pour écrire. Déjà, elle se nourrit de poésie québécoise et découvre des auteurs aux précieux talents. Elle perçoit également dans les rues de Québec un riche monde de couleurs dont on peut voir un aperçu sur son blogue

 

Elle nous parle ici de son métier de coloriste :

 

« Pour porter ses fruits, toute collaboration nécessite une très grande confiance, l'amitié entre auteur et coloriste, bien que cela ne soit en aucun cas un préalable obligatoire, est souvent une aide précieuse aux premiers échanges autour d’un projet. Être coloriste, pour moi, c’est accepter de plonger sans restriction dans des mondes créés par d’autres, sans jugement, sans attente et avec le moins d'ego possible.
Une sorte de posture méditative à partir de laquelle je peux accéder à mon propre espace de création. Cet espace s’est enrichi avec le temps, une fois que les difficultés techniques ont disparu.


Aujourd’hui, il ne reste à mon esprit qu’une question : suis-je utile à l’oeuvre ? Et comment faire au mieux pour porter celle-ci le plus loin possible. C’est un travail d’interprétation, semblable à celui d’un acteur ou d’un musicien. Il m’arrive souvent de penser que la réflexion sur la couleur se limite à une obligation commerciale, car certains éditeurs lui attribuent le pouvoir de toucher un plus large public… Pourtant l’engouement pour le manga bat en brèche assez clairement cette idée !


Je suis donc persuadée que la qualité de la couleur est à travailler encore et toujours, car je me désole de voir depuis 20 ans les mêmes effets hyper codifiés, seules formes ayant droit de cité dans certains genres de BD mainstream. En dehors de cette question, l’intérêt pour ne pas dire la passion que j’ai développée pour la couleur réside dans la possibilité de créer une forme abstraite, une ambiance "vibratoire" qui se passe de tout commentaire. Mon travail fonctionne ou ne fonctionne pas, c’est empirique, je n’ai jamais besoin de recourir à des concepts ou des explications sémantiques. Le seul but à atteindre est de permettre au dessin d'exprimer son plein potentiel narratif et à l’histoire d’être portée par une émotion que le noir et blanc n’exprimait pas.


Ce que j’aime aussi particulièrement dans ce métier, c’est que je m’y sens malgré ses nombreuses contraintes particulièrement libre. Autant le dessin me semble un travail d’esclave, d’une exigence folle, autant je vis la couleur comme une récréation qui m’apporte un résultat quotidien souvent gratifiant. Pour autant , il n’y a aucune recette, c’est un travail de recherche, de tâtonnements, d’erreur, où l'on découvre que chaque dessin a sa logique, que ce qui semble simple est complexe, et que la question de l'harmonie est toujours une énigme, un secret à percer.


Écouter les auteurs, regarder les références qui ont servi à leur travail, chercher à comprendre leurs attentes sont des aides précieuses au début d’un livre, mais un moment arrive où la seule chose qui compte c’est de trouver un moyen de ne rien enlever à ce qui existe, en y ajoutant quelque chose que ni l'auteur ni moi ne connaissons à l’avance. Pour cela je n’ai qu’une boussole : l’intuition (et la patience). »

 

 Photo Nicolas Guerin

Retour sur la page blogues

On vous invite à commenter cet article sur notre page Facebook

Commentez