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La littérature comme arme de combat

Certaines écritures frappent bien au-delà de l’expérience esthétique, de l’élégance de la phrase, de la justesse des mots. Elles frappent à cause du sujet dont elles traitent, de la charge émotive qu’elles déclenchent, des vérités qu’elles révèlent. Avec elles se manifeste ce contre-pouvoir essentiel qu’exerce la littérature.

 

Je viens de terminer la lecture du livre Le silence même n’est plus à toi, qui regroupe des chroniques récentes d’Aslı Erdoğan (paru en janvier dernier chez Actes- Sud). Coïncidence? L’autre Erdoğan (aucun lien de parenté malgré le patronyme), président de la Turquie, vient de gagner son référendum sur la réforme constitutionnelle.

 

Aslı Erdoğan, écrivaine et journaliste turque, a été arrêtée en août 2016, un mois après le coup d’État raté contre le président. À l’heure actuelle, elle est en liberté conditionnelle et en attente de son jugement, annoncé pour juin prochain. Elle est accusée d’avoir dénoncé les entraves à l’encontre de la liberté d’expression qu’exerce le régime. Elle est passible de la prison à perpétuité.

 

Aslı Erdoğan dénonce le traitement réservé aux Kurdes. Elle s’oppose à la chape de plomb qui recouvre le génocide des Arméniens, tache inavouable qui gangrène la société turque depuis plus d’un siècle.

 

L’écriture, comme cri, naissant avec le cri… Une écriture à même de susciter un grand cri qui recouvrirait toute l’immensité de l’univers... Qui aurait assez de souffle pour hurler à l’infini, pour ressusciter tous les morts… Quel mot peut reprendre et apaiser le cri de ces enfants arméniens jetés à la fosse? Quels mots pour être le ferment d’un monde nouveau, d’un autre monde où tout retrouverait son sens véritable, sur les cendres de celui-ci?

(Le silence même n’est plus à toi, pages 109-110)

 

Pour soutenir Aslı Erdoğan, lisez son œuvre. Lisez ses romans, ses essais, comme Le silence même n’est plus à toi. Une lecture choc…

 

Courage, Aslı Erdoğan. Courage aux centaines d’écrivains, d’écrivaines et de journalistes menacés, persécutés, emprisonnés par le pouvoir turc pour avoir, simplement, pris la parole.

 

Bernard Gilbert

Directeur, Maison de la littérature
Vice-président du Centre québécois du P.E.N. international

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