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Ça goûte quoi le printemps?

« Ça goûte quoi le printemps? », m’a demandé candidement mon garçon qui m’entendait m’exclamer « c’est bon, c’est bon » devant les premières traces d’un printemps tardif. Il y avait cette neige qui peinait à s’effacer, ce vent tout à coup un brin plus tiède, les fossés remplis d’un mélange de gadoue et de feuilles laissées en plan l’automne dernier. Il y avait ce vélo, bien huilé, prêt à s’élancer. Ça goûte quoi le printemps?

 

Pour Michel Tremblay, ça se vit avec tous les sens. Il en parle dans La grosse femme d’à côté est enceinte, de cette nature qui « change brusquement de visage du jour au lendemain, sans prévenir, passant du blanc immobile de la neige propre au noir grouillant et gras de la terre qui travaille. » Il poursuit plus loin : « Ça sentait le printemps et on entendait presque la sève monter dans les arbres et se laisser téter par les bourgeons prêts à éclater. La terre du chemin était humide et chacun de ses pas produisait un bruit de succion que sa mère appelait “les becs du mois d’avril”. »

 

Les becs du mois d’avril. C’est ça, Tremblay, suffit de le lire, et les souvenirs se raniment. Les becs du mois d’avril, c’est un détail parmi d’autres. Avec Tremblay, il y en a toujours d’autres. Pas surprenant que la Maison de la littérature tenait tant à célébrer ce géant des lettres d’ici. L’équipe de la Maison a profité du 40e anniversaire de La grosse femme d’à côté est enceinte, livre culte du Québec littéraire moderne, première brique des colossales « Chroniques du Plateau-Mont-Royal », pour concevoir un concept audacieux, un spectacle multidisciplinaire qui replonge en lecture, illustrations, musique et projections dans l’univers de Gabriel, Albertine, Édouard, Mercedes et tant d’autres personnages marquants. Ça aura lieu les 24 et 25 mai prochains – soyez-y!

 

Les gens pourront également entendre Michel Tremblay dans le cadre de la série Les grandes rencontres de L’Institut, le 24 mai à 14 h. Ce sera un bonheur d’écouter les anecdotes de ce grand écrivain.

 

Dis, papa, ça goûte quoi le printemps? Ça goûte sucré comme le premier cornet saucé dans le chocolat. Ça goûte rosé comme le ciel vrillé par le soleil peinard qui ne veut pas se coucher avant vingt heures – un peu comme toi, petit gars. Ça goûte la poussière, celle qui colle à la peau quand on marche dehors puis que le vent soulève ce qui traîne sur les routes noyées sous le gravier pendant l’hiver. Ça goûte presque l’été.