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24 septembre 2009 : 10 ans déjà

Il y a quelque temps, j’ai entendu quelqu’un dire : je crois que nous sommes plusieurs à nous souvenir exactement de ce que nous faisions au moment où nous avons appris le décès de Nelly Arcan. J’ai pensé que cette personne voyait juste, car moi-même, je gardais en mémoire le moment et le lieu précis dans lesquels je me situais lorsque l’annonce de sa mort m’était parvenue. C’était le matin du 25 septembre 2009, mon radio-réveil venait de s’enclencher. J’émergeais du sommeil. Aux actualités, une voix annonçait que le milieu littéraire québécois était en deuil, qu’on avait retrouvé Nelly Arcan sans vie chez elle, la veille.

 

L’annonce d’un décès provoquant une cristallisation mnémonique collective témoigne d’une perte majeure pour la communauté.

 

Nelly Arcan, entrée en littérature par le long et puissant cri Putain, a été et restera une figure majeure de la littérature québécoise, lue, relue, étudiée, réétudiée. Entre autres parce que son travail d’écriture, ses réflexions et son discours étaient remarquablement lucides et liés aux enjeux de son époque; que sa voix embrassait celles de milliers, voire de millions de femmes; qu’elle écrivait à même la blessure, sans pudeur, n’ayant crainte de révéler la faiblesse, manifestant ainsi une profonde humanité; et aussi parce que son regard portait plus loin, enjambant son époque pour aller rejoindre les générations à venir.

 

Nous ne pouvons qu’imaginer à quel point une œuvre déjà aussi marquante aurait pu se déployer dans toute sa splendeur et sa nécessité si le temps lui en avait été donné.

 

En 2007 paraissait aux éditions Marchand de feuilles une petite plaquette, magnifique : L’enfant dans le miroir, un conte cruel écrit par Nelly Arcan et illustré par Pascale Bourguignon. « Quand j’étais petite je me regardais souvent dans les miroirs », ainsi débute ce conte où l’on retrouve les thèmes chers à Arcan : le corps, la tyrannie de la beauté, les rapports difficiles avec la mère et ambigus avec le père.

 

J’aimerais remercier Pascale Bourguignon, la succession de Nelly Arcan et les éditions Marchand de feuilles pour avoir permis l’exposition du contenu original de L’enfant dans le miroir à la Maison de la littérature. Le texte, puissant, et les illustrations, superbes, ainsi offerts au public, participent à la commémoration du 10e anniversaire du décès de Nelly Arcan, dont la voix, j’en suis persuadée, résonnera encore très longtemps, ici et ailleurs.

 

Isabelle Forest
Responsable de la programmation
Maison de la littérature et festival Québec en toutes lettres