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Tous les matins du monde sont anarchistes

Le début de la semaine a été assombri par l’annonce du décès du poète Edmé Étienne. Il nous semblait important de souligner l’apport de cet artiste à la scène littéraire de Québec. Nous avons donc souhaité laisser la parole à notre collègue Isabelle Forest, responsable de la programmation, qui a bien connu Edmé et qui lui rend ici un hommage plus que mérité. 

 

Tous les matins du monde sont anarchistes

- Edmé Étienne (1985-2019)

 

 

C’était lors d’un vendredi de poésie au Tam Tam Café, en 2007. Sur scène, je découvrais une toute jeune voix délicieusement provocatrice, profonde et pertinente. Différente comme peu de voix savent l’être vraiment. Ce fut le coup de foudre.

 

Edmé Étienne se disait poète punk anarchiste et amant du Christ. Ça, c’était l’aspect coloré du personnage, celui que tous remarquaient et reconnaissaient aisément. Edmé Étienne était surtout un être sensible, talentueux, conséquent. Une bête de scène qui livrait ses textes avec parfois tant de générosité, d’énergie et de rage qu’il pouvait en perdre la voix des jours, voire des semaines durant.

 

Edmé Étienne a écrit, publié et performé en dehors des normes et des institutions. Il éditait lui-même ses livres, écrits et dessinés à la main. Il n’aurait probablement jamais remporté de prix littéraire ou obtenu de bourse d’un conseil des arts. Cela ne l’aura pas empêché de développer un lectorat et un public. Renaud Pilote écrivait, dans la préface qu’il avait faite des Bidonvilles exquis : « Edmé Étienne est devenu à son corps défendant un best-seller du quartier St-Jean-Baptiste [sic], une petite célébrité de la poésie vivante (nombreux récitals et spectacles), un spécimen assez rare pour être un sujet d’étude chez des universitaires à la curiosité piquée. »

 

Sur la page couverture de L’Eucharistie trache, on retrouve cette phrase : « Ce livre est mon corps offert à dévorer. » C’est ainsi que se donnait, dans la création et son partage, Edmé Étienne, dans la dévoration de tout ce qui le traversait, de tout ce qui pouvait s’offrir à lui dans l’instant présent.

 

Son œuvre est un long et puissant cri.

 

Nous le remercions pour son apport si particulier à notre littérature.