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Le feu caché, un texte poétique de Véronique Sylvain

J’entame déjà ma troisième semaine de résidence d’écriture à Québec. Comme nous sommes ce mois-ci exceptionnellement deux autrices en résidence à la Maison de la littérature, je suis logée dans un appartement situé dans Saint-Roch. Chaque jour, alors que je fais le va-et-vient entre mon quartier d’adoption et le Vieux-Québec, mes petits pieds réapprivoisent les rues de la ville. Ils savent qu’ils sont déjà passés par là, il y a longtemps. Avant même que je ne sorte de l'appartement, j'entends le vacarme produit par les travaux de construction de la Bibliothèque Gabrielle-Roy. Les bruits incessants d’un marteau-piqueur me donnent l’idée de replonger dans l’écriture d’un certain texte poétique, dont voici la plus récente mouture.

 

 

son père cogne
un énième clou
dans la chambre
à fournaise

 

elle fulmine
contre son mal


être ou ne pas
déserte.

la douleur

lui brûle
la gorge,

 

son goût fade
tel un vieux thé

Orange Pekoe.

 

elle hésite entre
marteler
un autre
dernier mot
sur une feuille

de papier

 

ou cribler

de ses poings
le contreplaqué
de sa chambre.

le boulet

remonte
l’œsophage


elle braque

son canon

couvre
toutes

les pages

blanches


au bout
d’un petit
chemin de terre,
un feu
bondit hors
de la maison

s’enfonce
dans la forêt.

 

*

 

 

 

L'autrice Véronique Sylvain est en résidence à Québec du 5 au 31 juillet 2021 dans le cadre de la résidence du prix Champlain.

 

Crédit photo : Mathieu Girard